17 août 2018

Déontologie

 

Le métier de conservateur-restaurateur est aujourd’hui strictement encadré par plusieurs codes nationaux et internationaux, dont les principaux sont :

  • Le code éthique de la confédération européenne des organisations de conservateurs-restaurateurs (ECCO, mars 2003)
  • Le Code de déontologie de l’ICOM (Conseil International pour les Musées) (1984,2006)

Ces textes placent le respect de l’œuvre d’art dans toutes ses dimensions (ses matériaux originaux, ses valeurs esthétique et historique) à la base de toute intervention de conservation-restauration.

Ils s’appuient sur les travaux de plusieurs théoriciens du XXe siècle qui ont contribué à la réflexion sur la notion de patrimoine, sur les valeurs portées par une œuvre et leur évolution au cours du temps, ainsi que sur l’élaboration d’une théorie de la conservation-restauration.

Aloïs Riegl[1] a défini, dans son célèbre ouvrage  le Culte moderne des monuments, les différentes valeurs qui permettent d’évaluer tout type d’œuvre d’art (la valeur d’art, la valeur esthétiques la valeur historique, la valeur d’usage, la valeur de recherche / scientifique, la valeur éducative, la valeur d’âge, la valeur de nouveauté, la valeur sentimentale, la valeur d’association, la valeur financière, la valeur commémorative et la valeur de rareté). Ces valeurs doivent être analysées avec soin afin de guider au mieux les choix d’intervention. Babara Appelbaum a cherché à définir une méthode d’analyse pragmatique basée sur cette théorie de valeurs pour aider les conservateurs-restaurateurs dans leur travail d’évaluation[2].

La théorie de la conservation-restauration trouve son incarnation en la personne de l’historien Cesare Brandi. Dans son ouvrage Théorie de la restauration édité en 1963, alors qu’il est directeur de l’ISCR (Istituto Superiore per la Conservazione ed il Restauro) à Rome, il met l’accent sur la matérialité de l’œuvre d’art comme véhicule des valeurs immatérielles. L’œuvre n’existe qu’à travers sa matérialité, et tous les efforts doivent se concentrer sur la conservation de cette matérialité, garante de l’authenticité. Face à des choix d’intervention de restauration, il considère deux valeurs intrinsèques à l’œuvre d’art : la valeur esthétique, et la valeur historique, celle-ci devant être prioritaire lorsqu’une restauration est envisagée.


Ces grands principes fondateurs de la déontologie des conservateurs-restaurateurs diplômés sont à la base de toutes les interventions menées par l’équipe de l’Atelier du Trois. La nature et l’ampleur des interventions, tout comme le choix des matériaux utilisés sont rigoureusement évalués en accord avec ces principes. C’est pourquoi Il peut ainsi arriver que malgré les possibilités techniques à notre disposition et l’amélioration esthétique dont pourrait bénéficier une œuvre, nous choisissions d’intervenir le moins possible, voire de ne pas intervenir, afin de conserver avant tout la matière originale et les informations historiques dont elle est porteuse.


[1] RIEGL Aloïs, Le culte moderne des monuments, Editions du Seuil, Paris, 1984 (1è éd. 1903)

[2] APPELBAUM, Barbara, Conservation Treatment Methodology, 2007.